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Interview d’André-Paul Duchâteau (2014)

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Je profite de ce nouvel article pour rendre hommage à un de mes auteurs préférés.  Un gentleman à l’ancienne dont le talent n’a d’égal que sa légendaire gentillesse.

YB

On ne présente plus André-Paul Duchâteau.

Celui qui se définit lui-même comme « romancier-scénariste » fait assurément partie des poids-lourds de la bande dessinée.

Après avoir débuté, à 15 ans, comme romancier, l’auteur belge a connu le succès pour ses scénarios de bandes-dessinées, en particulier avec la saga Ric Hochet. Auteur d’une œuvre foisonnante allant du policier classique à la science-fiction, il nous a été permis de converser avec lui par téléphone grâce au dessinateur Bernard Swysen.

Les entretiens successifs que nous avons eu avec M. Duchâteau permettent de mieux comprendre le parcours et les petites recettes d’un véritable auteur populaire, disponible et accessible.

André-Paul Duchâteau se révèle en tous points fidèle à sa réputation de « gentleman conteur ».

 

André-Paul Duchâteau en dédicace

André-Paul Duchâteau en dédicace

 

Yannick Boutot : Vous avez écrit votre premier roman à 15 ans, quels étaient les auteurs qui vous ont donné envie écrire ?

André-Paul Duchâteau : Effectivement cela remonte à loin. J’ai 89 ans et j’ai écrit mon premier récit policier à 15. Il se passait dans mon école. J’étais à l’époque passionné de littérature. J’aimais beaucoup Proust, même si cela va paraitre prétentieux. Montherlant était également un de mes auteurs préférés. J’aimais beaucoup les romans policiers, en particulier Stanislas-André Steeman qui m’a publié à mes 15 ans et demi !

J’appréciais beaucoup les auteurs policiers de l’époque, qu’ils soient anglais, américains ou belges. Sherlock Holmes, quelques Agatha Christie, Ellery Queen également, les deux cousins qui écrivaient sous ce pseudonyme sont injustement oubliés aujourd’hui.

 

 

Yannick Boutot : Comment travaillez-vous sur un scénario de bande dessinée ?

André-Paul Duchâteau : J’écris tout d’abord un synopsis de 3, 4 pages dactylographiées, parfois accompagné d’une esquisse de découpage. Je travaillais ensuite plus particulièrement sur le découpage de deux planches lorsque Ric Hochet paraissait dans Tintin.

A l’origine, Tibet ne savait pas bien où je l’entrainais car le synopsis n’était parfois pas trop détaillé. C’était un jeu entre scénariste et dessinateur, entre lui et moi.

Ensuite, avec l’expérience, j’ai réussi à avoir de l’avance sur lui jusqu’à lui envoyer le découpage intégral d’un album mais c’était au début un vrai travail de feuilletoniste qui me donnait beaucoup de plaisir et qui permettait d’adapter le récit.

 

 

Yannick Boutot : Que pouvez-vous nous dire des adaptations de romans en bandes dessinées que vous avez été amené à signer ?

André-Paul Duchâteau : Cela m’a passionné car j’ai adapté les auteurs et héros de mon enfance qui continuent, aujourd’hui encore, à me fasciner qu’il s’agisse de Sherlock Holmes, Rouletabille ou Gaston Leroux.

Le découpage est un travail passionnant même si j’ai une préférence pour le choix du sujet et le travail en amont.

 

 

Yannick Boutot : Comment s’est déroulée votre rencontre avec Loup Durand dont vous aviez adapté la série TNT en BD ?

André-Paul Duchâteau : Ce fut une très belle rencontre. Il était talentueux, imaginatif et passionnant. Il écrivait les 50 premières pages de ses romans à la main pour prendre le rythme, avant de passer à la machine. J’écris moi-même à la main avant de dactylographier. Cela permet d’avoir un rythme.

Loup Durand était représentant dans l’imprimerie et il a eu ensuite une carrière impressionnante. C’est un auteur injustement oublié, Daddy est un très grand livre.

 

 

Yannick Boutot : Comment travaillez-vous en amont ?

André-Paul Duchâteau : Je rassemble une documentation suivant le sujet mais je dois dire que je fais surtout travailler mon imagination. Mes romans s’inscrivent plus dans le réel, ils se passent d’ailleurs très souvent en Belgique, dans des lieux qui me sont familiers comme Bruxelles ou la côte.

 

 

Yannick Boutot : Votre méthode de travail de scénariste a-t-elle évolué ?

André-Paul Duchâteau : Je me suis adapté suivant le dessinateur. A une certaine époque, Rosinski n’avait plus de scénario à dessiner. C’est ainsi que nous avons lancé Hans afin de garantir sa présence dans les pages de Tintin dont j’étais Rédacteur en Chef.

Tibet était très cartésien et j’avais changé une fin un peu fantastique sur un Ric Hochet, surtout j’essayais toujours de le surprendre, lui et le lecteur, comme dans « Ric Hochet contre Sherlock » qui fut un hommage à un de mes héros préféré.

J’ai eu l’occasion de travailler sur différents sujets, dans des univers différents mais avec le même amusement et la même amitié.

 

 

Yannick Boutot : Quelle a été l’influence du fantastique sur vos écrits ?

André-Paul Duchâteau : J’ai toujours beaucoup aimé la Science-Fiction. En particulier dans les pages de « Fiction » qui paraissait dans les années 50. J’étais passionné par Van Vogt ou Asimov par exemple.

 

 

Yannick Boutot : Que pouvez-vous nous dire sur Alain Chevallier ou Les casseurs ?

André-Paul Duchâteau : Alain Chevallier paraissait sous forme de comic dans Le Soir, 3 dessins/jour. Une époque aujourd’hui révolue.

Alors que nous étions dans le train pour Angoulême, Christian Denayer m’avait confié vouloir « casser » les voitures qu’il dessinait, de là sont nés « Les casseurs » avec beaucoup d’action et encore un univers policier même si nos enquêteurs étaient parfois maladroits.

Je pense que nous avions parfois dans cette série une inspiration cinématographique, « Bullit » par exemple.

 

 

Yannick Boutot : Avez-vous parfois voulu faire passer un message dans vos écrits ?

André-Paul Duchâteau : Notre ambition était clairement de divertir et d’amuser le lecteur mais cela a pu arriver. Je me souviens d’un Ric Hochet qui se passait en Amérique du Sud (NDA : « Le disparu de l’enfer ») dans une dictature qui rappelait l’Argentine et nous y décrivions des horreurs réelles.

J’ai toujours été passionné par le fait divers et l’on constate souvent que la réalité dépasse la fiction, parfois pour le pire même si la société actuelle connait de belles avancées scientifiques ou médicales.

 

 

Yannick Boutot : Quel est l’avenir de Ric Hochet suite au décès de Tibet qui en dessinait les aventures sur vos scénarii ?

André-Paul Duchâteau : Une réédition est en cours qui marche très bien. Il y a eu plusieurs essais de scénaristes et de dessinateurs et je pense que nous avons trouvé de dignes successeurs. Il fallait apporter du sang neuf même s’il y aura forcément une filiation. Le nouvel album paraîtra au printemps 2015.

Il faut garder en mémoire qu’il y a actuellement une grande crise dans l’édition et dans la bande dessinée. Les tirages et la rentabilité baissent.

J’ai signé un roman de Ric Hochet et ce fut un plaisir de reprendre les personnages de la BD et de jouer avec eux ainsi.

 

Tibet & Duchâteau

Tibet & Duchâteau

 

Yannick Boutot : Comment s’est déroulée votre collaboration à Chick Bill de Tibet ?

André-Paul Duchâteau : Nous étions alors déjà amis. J’ai répondu à sa demande en livrant une douzaine de synopsis qu’il découpait et dont il faisait également les dialogues. Cela m’a beaucoup plu.

 

 

Yannick Boutot : Quels sont vos projets et occupations ?

André-Paul Duchâteau : J’ai une page d’énigme mensuelle dans TV7 Jeux et je travaille sur un roman. Une sorte d’Arsène Lupin belge qui a réellement existé à la fin du XIXème siècle. Il était à la fois commissaire et bandit. J’espère le publier bientôt, le travail est presque achevé … si Dieu me prête vie.

 

 

Yannick Boutot : Un grand merci à vous pour votre gentillesse M. Duchâteau.

André-Paul Duchâteau : C’est moi qui vous remercie !

 

André-Paul Duchâteau & le dessinateur Bernard Swyzen qui a rendu cette interview possible

André-Paul Duchâteau & Bernard Swysen qui a rendu cette interview possible

 

Remerciements à André-Paul Duchâteau & Bernard Swysen, deux gentlemen à l’ancienne.

Bernard Swysen vient de publier « Victor Hugo » chez Joker. Un impressionnant travail de scénariste et de dessinateur qui rend un hommage mérité à ce monument de la littérature.